Les 30 fermes de Cant’avey’lot : des précurseurs de lait “responsable"

Gilbert Domergue et le vice-président Jean-Philippe Vayre présentant la gamme des produits Cant’avey’lot. Gilbert Domergue et le vice-président Jean-Philippe Vayre présentant la gamme des produits Cant’avey’lot. L'union du Cantal

En 2009, leur avenir laitier ne tenait plus guère à un fil. Vingt-six producteurs de la vallée du Lot ont décidé de prendre leur destin en main pour valoriser leur produit.

C’est qui le patron ?!, Laitik, Equilait 72... depuis la crise laitière de 2015, on les voit fleurir dans les rayons de la grande distribution, ces  marques à l’initiative de producteurs décidés à s’extraire des schémas préétablis au profit d’une relation de transparence avec le consommateur et de juste rémunération de leur produit. Des démarches qu’a devancées il y a huit ans déjà un groupe de producteurs  à l’origine de Cant’avey’lot dont le lait est aujourd’hui valorisé 400 €/1 000 l. À l’époque pourtant, les perspectives sont sombres pour ces 26 agriculteurs issus des trois départements et membres du GIE Sud-Lait auquel l’entreprise espagnole Leche Pascual a annoncé en 2009 la rupture du contrat qui les lie. Les 450 producteurs du GIE (60 millions de litres de lait) ont alors un an pour se retourner, trouver un nouveau collecteur... “On était quelques-uns à se poser la question : faut-il continuer à produire du lait ? Mais s’il y a une chose dont on était sûrs, c’est qu’il fallait “accrocher” et démarquer le lait produit sur notre territoire”, se rappelle Gilbert Domergue, producteur à Montmurat, président de la coopérative depuis constituée. 
Lait Bleu-Blanc-Cœur
Très vite, le groupe se rapproche de la démarche Bleu-Blanc-Cœur avec l’idée de produire un lait riche en Oméga 3 tout au long de l’année, et pas uniquement au printemps comme le permet naturellement l’alimentation à la mise à l’herbe. Le 12 juillet 2010, les 26 producteurs (8 millions de litres de lait) se structurent d’abord en association en bénéficiant de l’appui du GIE de la Châtaigneraie pour l’organisation de la collecte. Dans le paysage laitier, nombreux sont ceux à promettre à ces producteurs de la vallée du Lot de sérieuses déconvenues.  
Après plusieurs mois à livrer le marché spot, un nouveau débouché, transitoire, se fait jour avec la société italienne  Inalpi, en contrat avec le chocolatier Ferrero. Parallèlement, des contacts ont été noués avec le Glac(1) doté d’une unité d’embouteillage à Theix. Début 2011, les premières briques de lait estampillées “Vallée du Lot” sortent de l’unité puydômoise(2) et en juillet, les 26 producteurs sont tous agréés Bleu-Blanc-Cœur. De 26, le groupe passe à 30 fermes pour 10 Ml de litres aujourd’hui, commercialisés dans le réseau régional des enseignes Intermarché, Leclerc et Casino (sur Toulouse, Albi, Rodez, Aurillac, Brive, Agen) avant qu’un accord de partenariat soit noué avec Franprix, filiale de Casino. Accord qui va ouvrir les linéaires de 600 magasins de la région francilienne et lyonnaise au lait de la vallée du Lot.
Accord de partenariat avec Franprix
Mieux encore, cet accord, par lequel l’enseigne s’engage à accompagner le développement de la marque, garantit “un prix juste pour les producteurs sur les volumes vendus en UHT, explique Gilbert Domergue. Le litre de lait vendu 0,92 € au consommateur permet de rémunérer 0,4 €/l nos producteurs”. Rien n’était pourtant gagné d’avance : “On est parti avec zéro capital, sans outil... On a dû convaincre les banquiers. Les premiers retours ont d’abord servi à constituer le capital social de la future coop, créée en 2015 et aujourd’hui dotée de 570 000 €.”
Il a aussi fallu faire évoluer, faire connaître (via des animations en magasins) et enrichir la marque devenue Cant’avey’lot avec du lait UHT demi-écrémé - en brique puis bouteille plastique - mais aussi de la tome élaborée par la coopérative de Saint-Bonnet-de-Salers (partenaire de Cant’avey’lot) pour l’aligot de la maison Carrier et Lou Mirabel, une pâte pressée cuite initialement pensée pour les seuls producteurs.
Depuis l’automne dernier, ce sont des yaourts qui sont produits en direct dans l’atelier aménagé au siège bagnacois de la coop (1,8 M€ d’investissement(3)) qui emploie sept personnes. Objectif : commercialiser dès 2018 deux millions de pots à destination des GMS et collectivités. 
“On est très fiers mais ça a demandé une implication énorme et une dose d’inconscience. Humainement, ça a été très dur, il faut avoir la foi et ne pas regarder derrière, être soudés et faire preuve de beaucoup de pédagogie”, confient Gilbert Domergue et son collègue lotois Jean-Philippe Vayre, vice-président, qui apprécient que leur initiative soit désormais “reconnue et respectée”.    
Patricia Olivieri
(1) Aujourd’hui Terra Lacta.
(2) En 2014, Cant’avey’lot a confié l’embouteillage de son lait, d’abord stocké et refroidi à Bagnac-sur-Célé, à la laiterie LSDH à Varennes du fait de sa proximité avec la région parisienne notamment mais aussi de la technologie innovante apportée.
(3) Avec 30 % d’aides de la Région Occitanie, du Feder, du Département du Lot et de la com com de Figeac.


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