Filière lait : Plus rien ne s’oppose au redressement du prix du lait

Malgré la crise, pas mal de signaux sont passés au vers depuis le début 2017. Malgré la crise, pas mal de signaux sont passés au vers depuis le début 2017. © DR

Une collecte en repli, une demande qui tire à nouveau : les marchés laitiers ont retrouvé le sourire. Les producteurs toujours pas. La FNPL sonne la charge contre l’aval de la filière.

Dans deux mois, la filière laitière française célèbrera un bien sombre anniversaire : trois ans de crise qui ont fortement fragilisé, usé les producteurs, dont certains ont jeté l’éponge ou se sont convertis aux allaitantes, alors que chez beaucoup, le moral comme les trésoreries a dégringolé. Pas de quoi faire la fête donc même si pas mal de signaux sont passés au vert depuis le début 2017. Pour en revenir aux origines de cette crise, sans doute la plus longue de l’histoire laitière récente, il faut les chercher à l’Est, du côté des relations internationales qui ont pollué le commerce entre Union européenne et Russie, en se cristallisant sous la forme d’un très préjudiciable embargo russe. Lequel a entraîné dans son sillage un déséquilibre offre/demande, qu’est venue aggraver la suppression des quotas laitiers au printemps 2015.
“Le syndicalisme n’est pas resté sans rien faire, via une action à trois niveaux, affiche Michel Lacoste, vice-président de la FNPL et au bureau de la FDSEA. D’abord, nous avons obtenu l’intervention du Fac, fonds d’allègement des charges, dans le cadre du plan de soutien à l’élevage. Nous avons aussi oeuvré sur les prix, d’abord sur le marché intérieur avec la table ronde d’août 2015 avec Stéphane Le Foll et les acteurs de la filière et qui a amené une stabilisation des prix sur le marché intérieur, relayée par la Charte des valeurs de la FNPL. En la signant, la quasi-totalité des enseignes de la grande distribution ont pris l’engagement de ne pas profiter de la crise pour presser encore les prix.”

Pérenniser l’aide à la réduction des volumes
Cette mobilisation des producteurs a ainsi permis un différentiel de 30 €/1 000 l entre le prix du lait payé aux producteurs en France et la moyenne au sein de l’UE en 2015 et 2016, “même si ce prix reste encore bien trop faible”, s’empresse de préciser Michel Lacoste. En rappelant dans la foulée la pression mise sur Lactalis à l’été 2016 qui a contraint le géant laitier à s’aligner sur les autres entreprises françaises.
Sur le front européen, celui des mécanismes de gestion de marché, il a fallu batailler ferme et bien souvent seul, la France ayant dû prendre les devants d’une offensive pour obliger la Commission et son président Phil Hogan à déclencher l’intervention sur le beurre et la poudre et à se laisser convaincre par un dispositif inédit : une aide à la réduction des volumes, mesure revendiquée par la FNPL avant même la sortie des quotas.
“Il faut pérenniser cette mesure, avance le vice-président de la fédération nationale, en faire un dispositif permanent en lien avec un indicateur prix.” Et la FNPL, qui a tiré les leçons de 2016, demande que les systèmes d’intervention actuels soient réservés aux seuls pays et entreprises “qui font l’effort de réduire les volumes”. “Des pays européens ont mis des stocks de beurre et de poudre à l’intervention tout en laissant filer par ailleurs leur production interne…” Les effets délétères de la crise, y compris chez des champions du lait, au premier rang desquels les voisins allemands, qui ont vu de grandes fermes laitières issues de l’ex-RFA mettre la clé sous la porte, pourraient donner des alliés au nouveau ministre de l’Agriculture.

Revalorisation confisquée
Quid du retournement de tendance annoncé il y a six mois ? “On a senti à l’automne dernier une reprise des marchés, d’abord un peu fébrile…”, relate Michel Lacoste. Depuis, certaines cotations se sont tout bonnement envolées : le beurre atteint des sommets inégalés (4 500 €/t), la poudre commence à se redresser, si bien que la valorisation beurre/poudre vient de dépasser les 310 €/1 000 l quand le lactosérum, un co-produit particulièrement suivi dans nos zones fromagères, flirte allègrement avec les 1 000 € /t contre 400 au plus fort de la crise.
Le tout dans un contexte de production ralentie. Mi-mai, en France comme en Allemagne, la collecte affichait un retard de 3 à 4 % par rapport à 2016 et les signes de reprise perçus en mars ne se sont pas confirmés. “Le scénario d’une reprise significative de production dans l’UE devient de plus en plus improbable tandis que la demande mondiale montre des signes d’amélioration et que les exportations communautaires de poudre de lait et de fromages se sont fortement redressées en mars”, analyse Benoît Rouyer, économiste au Cniel (interprofession laitière). Autant d’augures favorables à un relèvement significatif du prix du lait qui tarde pourtant à se traduire sur la fiche de paie des producteurs, qui ne dépasse toujours pas les 300 €. “Il y a eu des “plus” engrangés depuis plusieurs mois par les transformateurs qui confisquent la revalorisation des marchés à leur seul profit ! s’indigne Michel Lacoste. Aujourd’hui, il n’y a plus aucun obstacle au redressement du prix du lait. La soi-disant prudence dont font preuve les entreprises est incompréhensible quand on sait combien les producteurs souffrent !”
D’où cet appel lancé par la FNPL qui a décidé d’une journée d’action mardi 13 juin (hier) visant la grande distribution et la DGCCRF sommées pour la première d’appliquer la loi Sapin 2, de vérifier sa bonne application pour la seconde.

La loi Sapin 2 bafouée
“Cette loi a introduit le principe d’une transparence sur le prix payé aux producteurs par les entreprises dans le cadre des négociations avec les GMS. Quand elle consent une hausse, notamment sur les contrats MDD (marque distributeur), la grande distribution a désormais toute latitude pour s’assurer qu’il y aura un retour aux producteurs”, expose le syndicaliste cantalien. Les transformateurs ne devaient pas être épargnés puisqu’il était aussi prévu que le syndicat décline des actions spécifiques vers la coopération française “la moins disante en Europe en termes de prix payé aux producteurs”. Quid des industriels ? “On s’en remet aux organisations de producteurs”, répond la FNPL.
Cette semaine, la section laitière de la FDSEA et les JA devaient aller à la rencontre de Géant Casino à Aurillac, Système U à Ydes, Carrefour à Mauriac et Leclerc à Saint-Flour afin de vérifier l’application de la loi Sapin 2 et d’oeuvrer pour une revalorisation rapide du prix du lait.


P. Olivieri

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'union du Cantal. Droits de reproduction et de diffusion réservés.
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