Fromage d'Auvergne - Plus-value AOP 2016 : autant qu’un plan d’urgence pour les producteurs

Prix moyen versé en 2016 par les entreprises aux 1 000 litres pour les producteurs engagés soit en AOP saint-nectaire (laitier) soit en cantal + fourme d’Ambert. Prix moyen versé en 2016 par les entreprises aux 1 000 litres pour les producteurs engagés soit en AOP saint-nectaire (laitier) soit en cantal + fourme d’Ambert. L'union du Cantal

Quatorze millions d’euros : c’est le retour global de valeur ajoutée à l’amont des filières laitières AOP en 2016. Insuffisant certes mais un différentiel jugé enfin significatif.

Le chiffre est un peu passé inaperçu le 21 mars, à l’occasion des dix ans du décret réformé de l’AOP cantal. Pas pour l’Association des producteurs de lait AOP d’Auvergne qui veut voir le verre à moitié plein dans ces 14 millions d’euros de retour global en 2016 aux producteurs engagés dans une ou plusieurs appellations fromagères auvergnates(1). Quatorze millions d’euros, soit le double du plan d’urgence débloqué dans le Cantal ou le Puy-de-Dôme. Ramenée à l’exploitation, cette plus-value se traduit par un prix du lait transformé en moyenne supérieur de 60 €/1 000 l au prix du lait conventionnel, soit plus de 20 %. “Pour une exploitation auvergnate spécialisée, qui produit 300 000 l annuels, cette plus-value représente entre 10 000 et 17 000 €, selon le taux de transformation et l’AOP à laquelle il adhère”, a chiffré l’association. Un montant proche finalement du revenu annuel par actif des producteurs de lait du Massif central ces dernières années…

Une bataille gagnée... pas la guerre
Certes encore insuffisant au vu des engagements du cahier des charges et du travail des producteurs, certes éloigné de la rémunération liée à certaines appellations fromagères, ce retour à l’amont de la filière pourrait bien néanmoins marquer un virage dans la vie de l’AOP cantal et remobiliser les troupes de producteurs au bord du gouffre après deux années de revenus en peau de chagrin. “C’est peut-être long, mais ça prouve qu’en sept ans, il ne s’est pas rien fait et que l’ambition d’une valorisation de notre métier et des pratiques vertueuses liées à l’AOP est possible !”, avance l’APL AOP d’Auvergne. Une bataille de gagnée mais pas encore la guerre donc. Car même sur 2016, il manque des euros dans le bidon de lait.
En effet, si le prix du cantal AOP s’est bien tenu, stable sur l’année(2), les cours des coproduits et notamment celui de la poudre de lactosérum se sont envolés au fil des mois passant de 450 €/t en début d’année à 850 €. Ces 400 € supplémentaires auraient dû impacter positivement la valorisation du lait à hauteur de 20 €/1 000 l et porter le prix du lait AOP sur l’année écoulée à 350 € selon les indicateurs actés par l’ensemble de la filière. Une tendance haussière que les entreprises n’ont pas relayée. “Elles ont anticipé une baisse en début d’année compte tenu de la conjoncture laitière très dégradée, ce qu’on a accepté ; mais elles n’ont ensuite pas revu à la hausse la valorisation du lait AOP malgré l’évolution du lactosérum, c’est complètement anormal !”, s’indigne l’association.

Objectif : 400 € d’ici 2022
Cette dernière pointe d’autres pratiques anti-jeu, du côté de Lactalis notamment. “En 2016, les écarts de prix se sont aussi accentués entre entreprises. On a d’un côté des PME locales, privées comme coopératives, qui sont dans une vraie démarche de prix du lait AOP déconnecté et qui ont versé en moyenne 340 €/ 1 000 l ; de l’autre, un grand groupe comme Lactalis qui s’illustre pour la deuxième année consécutive avec un décalage de 10 € par rapport à Sodiaal et qui peine à rémunérer 320 €/1 000 de lait AOP.” Pour les producteurs, cela ne fait aucun doute : “Des entreprises font de la gratte, ne respectent pas l’accord passé, contrairement aux producteurs...”
Une source d’inquiétude pour l’avenir, car “si les entreprises passent les baisses et pas les hausses, hors de toute logique partenariale, il n’y a aucun intérêt à rester pour nous dans l’AOP...” Pour l’association, l’avenir des filières AOP d’Auvergne sera collectif ou ne sera pas. Avec un objectif : conforter le score. Sur la base des cotations actuelles, tant côté produit (fromage AOP) que lactosérum, l’indicateur affiche un prix du lait AOP à quasiment 370 €/1 000 l, avec en ligne de mire 400 € d’ici 2022. “Ce doit être l’objectif quelle que soit l’entreprise”, proclame l’association qui prévient : “Rien ne serait plus grave qu’un Lactalis qui reste à 320 €...”
Autres enjeux affichés pour 2017 : l’arrivée du nouveau décret du bleu d’Auvergne, jusqu’ici clairement à la traîne côté valorisation et l’application de la loi Sapin 2 qui prévoit que les entreprises justifient dans les contrats signés avec la grande distribution du prix payé en amont au producteur. “Une chance pour notre industrie puisque le prix du lait est directement lié à celui du fromage”, estime l’association.


P. Olivieri

(1) Bleu d’Auvergne, cantal, saint-nectaire laitier.
(2) Il y a quelques années encore, le prix des fromages AOP d’Auvergne suivait celui des fromages standard, en repli en 2016. Signe pour l’association que désormais, “les entreprises parviennent à tenir les prix et n’ont pas généré de surstocks synonymes de baisse de prix”.

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'union du Cantal. Droits de reproduction et de diffusion réservés.
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